Montage vidéo et raccords

montage-video-avec-adobe-premiere-pro

Le montage d’une séquence est l’action de mettre les plans filmés dans un certain ordre, selon l’intention du récit. La manière dont un plan laisse la place à un autre crée une liaison ou marque une rupture, selon le type de raccord utilisé. Bien évidemment, chaque type de raccord peut faire l’objet d’un détournement en fonction des choix narratifs ou esthétiques. On a pu voir dans les raccords l’équivalent de la ponctuation. Toutefois, les raccords « marqués » (fondu enchaîné, fondu au noir, effet de volet, etc.) sont beaucoup moins utilisés dans le cinéma moderne qu’à ces débuts.

Les raccords dans l’audiovisuel

Le fait que le raccord « fonctionne » peut s’expliquer par l’effet Koulechov (cf. vidéo) qui désigne la propension d’un plan à influer sur le sens du plan qui lui succède dans le montage, avec en retour l’influence de ce plan sur le sens du précédent, une « contamination sémantique » à double direction.

Raccord filmique

Implique la matière même du film, la lumière et le son :

  • Raccord lumière — Tous les paramètres concernant la lumière peuvent faire l’objet d’un raccord : direction, intensité, couleur, etc.
  • Raccord sur le son — Ce que l’on entend dans un plan se poursuit dans le plan suivant.

Raccord spatial

  • Raccord de direction — Un déplacement a lieu dans un plan et se poursuit dans la même direction dans le plan suivant (doit respecter la règle des 180°). Peut s’effectuer sur la même action ou une action différente.
  • Raccord de mouvement — Un mouvement commencé dans un plan se poursuit dans le plan suivant.
  • Raccord de positionnement — Déterminer d’abord l’angle général pour l’ensemble de la séquence et penser ensuite les autres cadrages qui devront respecter l’angle général.
  • Raccord  panoramique — Un plan se termine par un panoramique dans un sens; le plan suivant commence lui aussi par un panoramique de même orientation.

Raccord optique

  • Raccord dans l’axe — Deux plans de grosseurs différentes se succèdent dans le même axe de visée, qu’il s’agisse d’un rapprochement ou d’un éloignement. Doit respecter la règle des 30°.
  • Raccord regard — Permet de lier un plan où quelqu’un regarde, à un autre où l’on voit l’objet regardé situé le plus souvent hors-champ.
  • Champ et contrechamp — Permet, par exemple, de montrer successivement deux personnes se faisant face, en mélangeant le raccord de regard et la règle des 180° (les personnages gardent le regard dirigé l’un vers l’autre, pour éviter les faux-raccords).
  • Montage formel — Les plans se succèdent selon la présence d’un élément particulier : objet, couleur, forme, ressemblance, contraste des actions, etc.
  • Faux raccord  — Incohérence entre deux plans (direction des regards, couleur des vêtements, maquillage, position des objets, mouvements contraires, etc.).  Peut-être utilisé comme technique de montage à part entière, comme dans la technique du jump cut.

Montage temporel

  • Montage cut — Les scène sont coupées puis montées bout à bout, sans effet d’enchaînement spécifique.
  • Montage chronologique — Montre les scènes dans l’ordre chronologique du récit.
  • Jump Cut (ou raccord plan sur plan) — Effet de rupture volontaire dans la succession des plans en supprimant des images, sans pour autant changer d’axe ou d’échelle. Permet de faire un saut dans l’action, dynamise une action trop longue.
  • Montage alterné — deux plans (ou plus) projetés l’un après l’autre évoquent la simultanéité des actions (ou des rapports de causes à effets). Plus les plans sont courts et plus le suspens est intense.
  • Flashback (analepse) — Retour en arrière dans la chronologie pour montrer des actions qui ont eu lieu dans le passé. Très utilisé.
  • Flashforward (prolepse) — Anticipation temporelle montrant des plans situés plus loin dans le temps. Peu utilisé.
  • Ellipse de temps — Un film dure rarement le même temps que l’histoire qu’il raconte. En supprimant certains passages, on peut éliminer les temps morts et les actions superflues. Peut être implicite ou explicite (notamment si l’ellipse est longue).
  • Montage accéléré — En accélérant les images, à l’inverse de l’ellipse, un plan peut durer moins longtemps que l’histoire qu’il raconte.
  • Montage au ralenti — Grâce au ralenti, on peut dilater le temps.
  • Montage par répétition — Une même action peut être vue sous des angles différents ou selon le point de vue de personnes différentes.
  • Arrêt sur image — L’histoire est arrêtée, mais le récit peut continuer.

Effet de montage

  • Montage associatif (ou par analogie) — Deux scènes apparemment sans rapport sont présentées l’une après l’autre dans l’intention de provoquer des associations d’idées.
  • Montage parallèle — Alternance de plans montrant des séries d’actions non simultanées pour mettre en évidence une comparaison, une contradiction, une opposition ou une notion symbolique.
  • Montage de remplacement — Des scènes sont remplacées par des scènes symboliques ou allégoriques.
  • Split-screen — L’écran est divisé en plusieurs parties, montrant chacune un plan différent.
  • Plan de coupe — Plan inséré entre deux scènes pour montrer un changement de contexte ou pour éviter un raccord malheureux.
  • Plan séquence — Séquence filmée en un seul plan, sans coupe ni raccord, donc.
  • Montage en accolade — Plusieurs plans montrent le même sujet. Exemple avec la guerre : usine d’armement, entraînement des soldats, décollage des avions, chute des bombes.
  • Raccord au flou — On termine un plan par un flou et on commence le suivant par… un flou.
  • Raccord  volet — Alternative au fondu enchaîné, le volet permet de passer d’une scène à une autre. Une partie de l’image est balayée par une autre, par la droite, la gauche, le haut ou le bas.
  • Raccord  volet naturel — On profite qu’un objet masque totalement l’objectif dans le première plan pour attaquer le suivant par un fond noir.
  • Effets rythmiques — La durée de chaque plan et/ou séquence peut être également porteuse de sens (accélération du montage, par exemple).
  • Lampshade hanging — Partie d’un plan qui s’adresse avec connivence avec le spectateur pour désamorcer une critique, ou une faiblesse du scénario. Voir cette vidéo pour plus de détails.

Culture du cinéma et de l’audiovisuel

  • Vocabulaire de l’analyse filmique — Cours en ligne de 11 séances comprenant un lexique illustré par des extraits de films, des exercices interactifs et des exemples d’analyse filmique.
  • Transmettre le cinéma — Ressource en ligne et outil d’expérimentation pédagogique (417 films, 340 auteurs, 400 séquences vidéos, extraits de films, analyses séquentielles, de nombreux outils). 
  • La cinémathèque française —  Conservation et restauration des films et des archives de ses collections, programmation des grands classiques. Organise également des rétrospectives complètes et des hommages à des cinéastes, acteurs, producteurs et techniciens du cinéma.
  • Ina.fr — L’Ina est une entreprise publique culturelle de l’audiovisuel chargée de la sauvegarde, de la valorisation et de la transmission de notre patrimoine audiovisuel. Voir aussi institut-national-audiovisuel.fr.
  • Sur l’image — Écrits et ressources sur l’image proposés par Jean Paul Achard. Voir notamment la page Sites ressources en éducation à l’image et aux médias.
  • DécryptImages — Portail d’éducation culturelle.
  • MédiApte — Défrichage, veille technologique, expérimentation et volonté de prendre en compte les demandes citoyennes, les besoins de tous dans le domaine des technologies de l’information et de la communication.
  • Faux Raccord — Un technicien dans le champ, une perche de micro visible, un figurant mal dirigé, un accessoire en carton, un costume qui change de couleur, un anachronisme flagrant, un générique avec des fautes ? Deux spécialistes techniques du cinéma partagent leurs trouvailles.

Pratiques créatives

  • Found footage — Pratique visant à réemployer des images de films existants pour en fabriquer un nouveau (http://www.ciclic.fr/actualites/12-secondes-pour-se-faire-un-film).
  • Musicless — Créer de manière ludique une nouvelle bande sonore à l’aide de bruitage différents de la séquence d’origine. Cf. https://www.youtube.com/user/digitalofen

Dans ma bibliothèque

  • Les secrets de l’image vidéo de Philippe Bellaïche. Tout sur la colorimétrie, l’éclairage, l’optique, les caméras, le signal vidéo, la compression numérique, les formats d’enregistrement et les formats d’images. Editions Eyrolles, 9e édition.
  • Esthétique du montage  de Vincent Amiel. Panorama des différentes conception du montage dans l’histoire du cinéma. Editions Armand Colin, 3e édition.
  • Pratique du montage d’Albert Jurgenson et Sophie Brunet. Le montage vidéo au service du rythme et de la respiration du réalisateur.
  • 101 petits secrets de cinéma qui font les grands films de Neil Landau et Matthew Frederick. Ce livre dévoile quelques-uns des secrets les mieux gardés : de l’écriture du scénario au montage, en passant par la mise en scène, la direction des acteurs, le cadrage, les décors, etc.

Pour aller plus loin