La question du fond et de la forme est un sujet récurrent dans le Webdesign. Ces notions sont suffisamment différentes pour que l’on ne les confondent pas, mais elles font oublier que la forme est aussi la somme de deux compétences : la Direction artistique et le Design, que l’on peut traduire par l’intention et l’exécution. Une réalisation peut très bien être le fruit d’une direction artistique exemplaire tout en présentant un design très cheap, ou l’inverse. L’article Art Direction and Design de Daniel Mall paru sur A List Apart explique en détail ce qui ressort de la Direction artistique et ce qui ressort du Design dans la mise en place d’un site Web.
Direction artistique et Design
Dernière tendance en date dans le design interactif ? Glorifier l’arrivée de la Direction artistique. De nombreuses galeries lui sont dévouées. Il existe même un plugin WordPress pour ça. Malheureusement, de nombreux designers ne comprennent pas la différence entre le Design et la Direction artistique. Plus triste encore c’est la même chose pour de nombreux DA.
C’est la Direction artistique qui permet à votre travail de transmettre un message spécifique pour un groupe particulier de personnes. Elle mélange l’Art et le Design pour provoquer une réaction émotionnelle. Elle est présente dans le cinéma, la musique, les sites Web, la presse magazine, etc. Elle est comme la bougie qui transforme un repas ordinaire en soirée romantique. La Direction artistique est l’art de provoquer la bonne émotion, de connecter ce que l’on voit avec ce que l’on ressent.
Par contraste, le Design est simplement l’exécution technique de cette connexion. Est-ce que ces couleurs vont bien ensemble ? Est-ce que la longueur des lignes permet de lire confortablement pendant une longue période ? Est-ce que cette photo est appropriée ? Est-ce que la hiérarchie typographique fonctionne ? Est-ce que la mise en page est équilibrée ?
Si j’annonce à ma femme que je l’aime en faisant la grimace, elle risque de recevoir un message brouillé. En revanche, si je le lui dit avec un sourire charmeur et un bouquet de fleur, la signification sera plus claire. Dans cet exemple, mon amour est la Direction artistique, tandis que mon sourire et le pourpre des roses sont le Design. Les deux travaillent main dans la main pour nous amener au point où le coeur et la raison se rejoignent.
Voici quelques suggestions qui devaient illustrer les approches différentes entre la direction artistique et le design :
OUTIL | DIRECTION ARTISTIQUE | DESIGN |
Couleur | Est-ce que cette palette de couleur correspond à la marque ? Est-ce approprié à la situation ? Des couleurs chatoyantes ne devraient pas être utilisé pour véhiculer la tristesse. | Est-ce que ces couleurs vont bien ensemble ? Vibrent-elle ? Chaque couleur est-elle le meilleur choix pour le support (ex. Pantone pour l’impression et palette de couleurs sécurisée pour le Web ?) |
Typographie | Est-ce que cette fonte est connotée ? Comment la forme des lettres est-elle ressentie indépendamment des mots employés ? Comic Sans est un peu niais, mais Helvetica est peut-être trop conventionnel. | Est-ce que la taille des caractères créent un bonne hiérarchie visuelle ? Est-ce que la graisse de cette fonte est suffisante dans ce contexte ? |
Composition | Quel équilibre devrait posséder cette composition ? Les mises en page symétriques sont plaisantes mais souvent passives. Les compositions asymétriques sont moins évidentes mais plus intéressantes. | Est-ce que les marges sont égales ? Y a-t-il un rythme naturel dans la page qui permet de guider le regard du visiteur ? |
Concept | De quelle manière les visuels véhiculent-ils l’ambiance de la marque ? Vers quel message ou quelle histoire le design nous entraine-t-il ? | De quelle manière les visuels s’adaptent-ils avec la charte graphique de la marque, les espacements du logo, la typographie et la palette de couleur ? |
Résumé | Est-ce que tu le sens bien ? | Est-ce que tu le vois bien ? |
Dans la suite de l’article, Dan Mall demande à collègues travaillant dans le domaine de la direction artistique et du design de proposer leur vision des choses, puis il poursuit avec des exemples illustrés et commentés, riches d’enseignements.
Traduit avec la permission de A List Apart Magazine et de l’auteur.
Cet article est un résumé traduit de l’article Art Direction and Design écrit par Dan Mall pour le magazine A List Apart le 2 novembre 2010. Je suis allé à l’essentiel en essayant de préserver au maximum l’intégrité de l’article à défaut de son intégralité. J’ai «fait» anglais en troisième langue : merci d’être indulgent et de m’indiquer les éventuels contre-sens qui se seraient glissés dans cette «craduction».
Bonjour Bruno, et merci pour cette traduction fidèle (si si).
J’adhère bien sûr à l’idée que les directeurs artistiques produisent du sens avec la forme, et que c’est l’essence de notre métier. Il est bon de revenir sur les bases et sur l’essentiel de notre métier.
L’article fait référence aux deux facettes de nos professions : la conception et la réalisation.
Les choses ne sont jamais si cloisonnées, et il est parfois difficile de s’arrêter à la conception pure lorsqu’on est directeur artistique ou de ne pas être amené à faire soi-même de la conception lorsqu’on est graphiste censé être exécutant.
Les agences ont même inventé le merveilleux statut de directeur artistique junior qui leur permet de payer un concepteur au prix d’un exécutant (ou un directeur artistique au prix d’un graphiste, comme tu veux).
En filigrane de ce sujet il y a aussi la question des droits d’auteur. Un concepteur, contrairement à un exécutant, produit des œuvres de l’esprit et les cessions de droits relatifs à ces œuvres impliquent une rémunération au titre des droits d’auteur. L’article américain n’aborde pas ce sujet probablement parce que le principe du copyright américain n’a pas le caractère automatique de la propriété intellectuelle française. Encore une fois les agences et les annonceurs n’ont pas intérêt à ce que la conception soit reconnue comme un acte artistique. Sur le plan strictement légal pourtant elle l’est. Je veux dire par là que si dans les processus de production la conception et la réalisation sont parfois fondues, c’est aussi du fait de l’encadrement et du management. S’il est effectivement toujours souhaitable de préciser aux créatifs la différence qu’il y a entre création et d’exécution, dans les faits et sur le terrain le secteur, les managers et les agences auront toujours tendance à relier la conception. C’est leur intérêt. Si l’on doit faire un travail de sensibilisation pour faire reconnaître le statut du créateur, c’est aussi auprès de ces populations qu’il faut agir.
Laurent DEMONTIERS — Effectivement, c’est dommage de voir qu’il est difficile de faire valoir l’exception culturelle dans les métiers de la création graphique, alors que le secteur du livre, du cinéma, de la musique et du spectacle vivant en général sont plutôt bien protégés par le droit d’auteur.
C’est comme pour construire une maison. À quoi bon être «dirigeant» et empiler des étages si l’on ne sait pas faire un sous-bassement? Le D.A. doit connaître tous les postes. Sinon… gare à la masturbation!
L’exemple fe la femme et les roses ne pouvait mieux faire! Merci